Pierre Laborie vient de s’éteindre mardi 16 mai 2017 à l’âge de 81 ans.

Il était né à Bagnac en janvier 1936.

L’historien Enfant de Bagnac, il était un des fidèles adolescents des places assises de l’ancienne poste ; un personnage toujours accueillant et chaleureux, reconnaissant tout le monde lors de ses rares visites. Il fut professeur à l’École normale de Cahors puis professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse II Le Mirail pendant vingt ans, Docteur en histoire, directeur d’études à l’École des hautes études de sciences sociales (EHESS) à Paris, Pierre Laborie est un spécialiste de l’opinion publique sous le régime de Vichy. Auteur et co-auteur de très nombreux ouvrages, il signe des pages pour le Mémorial de Caen. Passionné par la période de l’Occupation et reconnaissant la pertinence de l’«accommodement» il s’efforcera, au-delà de cette période, d’élargir son champ de vision sur les formes de résistance dans les régimes d’oppression, et de voir comment se construit le rapport social au passé et comment cela peut être retranscrit dans l’écriture de l’histoire.

À sa famille, sa sœur Annie, ses enfants, nous présentons nos sincères condoléances.

Historien, spécialiste de la France sous l’occupation, le Lotois Pierre Laborie s’est éteint le 16 mai dernier. Il laisse derrière lui une œuvre immense, fondamentale et une méthode qui a quelque peu rebattu les cartes en matière de recherche historique.

Il y a des hommes dont le regard vous marque. Pierre Laborie était de ceux-là. Émanaient de ce regard limpide une humanité profonde et une empathie immédiate. Ceux qui l’ont connu, comme Bartolomé Bennassar qui fut son professeur ou Rémy Pech qui travailla longtemps avec lui se souviennent avec émotion d’un personnage hors normes.

Né dans le Lot, à Bagnac-sur-Célé le 4 janvier 1936, il ne tournera jamais le dos à ses racines. Et reviendra souvent sur sa terre natale. Ce qui fait dire à Rémy Pech : «il avait de la terre à ses souliers, c’était un homme qui aimait la vie». Et qui ajoute : «Il était calme, cultivé, impartial, il aimait le rugby, il aimait la vie».

Enseignant à l’université du Mirail pendant 20 ans, en 1998 il devient directeur d’études à l’EHESS (école des hautes études en sciences sociales). Mais s’il forme des générations d’élèves c’est avec ses publications qu’il va marquer son temps.

Pour la première fois, un historien s’écarte des dogmes ambiants qui prévalaient jusqu’alors lorsqu’on évoquait la résistance ou Vichy.

L’histoire en face

Pour Bartolomé Bennassar, qui fut son jeune professeur à l’université puis son collègue, «son travail sur l’attitude de la France à l’égard de l’occupation allemande et de la résistance fait référence. Il a travaillé sur ceux qui avaient résisté, ceux qui avaient collaboré, pactisé avec les Allemands et ceux qui n’avaient pas d’opinion, qui attendaient que ça passe. Ces trois perspectives et cette approche le décrivent bien… Il m’avait un jour questionné à propos d’un titre, il hésitait beaucoup «Résistants, Vichyssois et Autres». Je lui avais dit d’écrire autres en lettres majuscules, leur nombre était considérable ! Il a surtout montré que par de petits actes, les «autres» se situaient plus dans la méfiance à l’égard de l’occupant, et profitaient aussi de petites occasions pour faire des actes de mini-résistance. Surtout, il nous a permis de mieux regarder cette époque trouble, il n’avait pas une vision stéréotypée. Il a montré que la réalité était changeante au gré des événements, qu’elle n’était pas figée».

Rigoureux, méthodique

Rémy Pech, professeur émérite à l’Université Jean-Jaurès du Mirail confirme l’avancée majeure que Pierre Laborie a initiée : «il a évité de tomber dans la simplification. Pierre a essayé de dire que dans chaque Français il y avait un collabo et un résistant et que la frontière n’était pas étanche. On peut faire référence au Cardinal Saliège qui était pétainiste jusqu’en 42 et qui a fait ensuite acte de résistance. Sa méthode était à la fois subtile et extrêmement scrupuleuse. Il a toujours travaillé avec le souci de l’historien qui comptabilise les faits. Mais également avec beaucoup d’humanité. Il a innové en intégrant l’émotion, le caractère sensible et en montrant que l’action de l’homme est mûrie aussi par une action préalable, un contexte».

Pétri d’humilité, l’enfant des rives du Célé s’est toujours montré exemplaire.

«Il ressemblait à l’acteur Claude Rich et souvent les gens lui demandaient un autographe. Un jour qu’il répondait «je suis Pierre Laborie, historien», la personne lui a répondu, mais je vous admire !… Ça nous faisait rire», se souvient Rémy Pech avec émotion et tendresse.

Sébastien Dubos